• Partie 1 : Déviance, ça fait mauvais genre ? (2/2)

    Voici la deuxième partie du texte :

     

    Fantasy au Petit-DéjeunerDans La cité des enfants perdus, Jean Pierre Jeunet et Caro mettent en scène un savant, Krank. Ce dernier souffre chaque nuit de cauchemars si intenses qu’il en devient fou. Entre nous, je pense qu’il n’a pas besoin de ça. Mais passons. Pour soulager sa douleur, Krank fait appel à une armée de doubles, pour qu’ils capturent des enfants, les « enfants perdus » afin de leur voler leurs rêves. Seulement voilà, il s’en est pris à la mauvaise personne. Les enfants perdus s’organisent et vont avoir à cœur de contrecarrer Krank. Le tout se déroulant dans un univers tel que Jeunet et Caro en ont le secret. 

    Dans ce film, il est assez clair que ces enfants n’ont rien des toxicomanes de Becker. Ils seraient plutôt les victimes s’il fallait donner un jugement de valeur. Oui, mais ces enfants sont aussi déconnectés de la société « officielle », certes peu visible dans le film. Il n’empêche qu’ils s’allient, créent une forme de cohésion et se définissent comme Enfants perdus (donc perdus par rapport à quelque chose, à quelqu’un). Ils ne font pas partie du système, mais évoluent en dehors.

    La comédie musicale de Richard O’Brien, The Rocky Horror Picture Show,Fantasy au Petit-Déjeuner est peut être l’exemple le plus complet et probant. Le lendemain de leurs noces, la voiture de Brad et de Janet crève. De nuit, perdus, ils sont « accueillis » par Franck'n Further. Le maître des lieux n’est autre qu’un travesti bisexuel, ayant créé un homme pour satisfaire ses désirs les plus primaires. Après de nombreuses péripéties, nous apprenons que Franck’n Further ainsi que les autres pensionnaires du château ne sont autre que des extra-terrestres. L’histoire se termine tragiquement. Il n’empêche qu’au terme de cette aventure, Brad et Janet se sont intégrés aux mœurs de leur hôte. Vivant en dehors de la société habituelle, le château de Franck’n Further est un premier contexte de déviance, dans le sens commun du terme et dans son sens sociologique. Il est aussi un lieu où Brad et Janet vont en apprendre les codes jusqu’à les accepter, les intégrer, puis les réinvestir. Nous apprenons également que les expérimentations de Francky sont condamnées par ses pairs. Il est donc doublement déviant et ne peut plus revendiquer de pairs auxquels se référer, ce qui le conduit à sa perte.

    Fantasy au Petit-DéjeunerLe roman graphique d’Alan Moore, V pour Vendetta, est parlant également. V est un homme portant le masque de Guy Fawkes, personnage emblématique de La conspiration des poudres qui avait pour objectif la destruction du parlement. V évolue dans un monde fasciste, plus ou moins contemporain du notre. Il vit dans les souterrains du métro londonien, mais n’a pas abandonné totalement certaines pratiques sociales communes (il apprécie l’art, les films etc.) et prend sous son aile, si l’on peut dire, Evey lorsque celle-ci fait face à la sorte de milice faisant « respecter » le couvre feu. Nous n’avons certes pas de groupe de déviants à proprement parler mais cependant une démarche d’émancipation des normes sociales vers une façon de faire plus en accord avec des valeurs qui font sens pour V.

    Enfin, la littérature anglo-saxonne post-seconde guerre mondiale (GeorgeFantasy au Petit-Déjeuner Orwell en tête avec 1984) a également mis en scène un processus de déviance sociale : d’abord intégré à ce qui leur semble la « bonne » manière de faire société, les protagonistes en dévient peu à peu jusqu’à se retrouver en marge de ladite société. Cette démarche connait une fin plus ou moins heureuse.

    Qu’est ce que nous enseignent ces exemples ? D’une part, la déviance ne suppose pas de suppression de la société mais plutôt une redéfinition des normes qui font sens. D’autre part, ces codes s’apprennent au contact de pairs, déjà déviants, qui reconnaissent l’individu en apprentissage comme l’un des leurs. Enfin, au terme de cette « carrière de déviant », l’individu doit manifester une auto-déclaration de son caractère déviant. Il ne suffit pas qu’autrui dise « il est déviant », pour l’être. Le sentiment d’appartenance est essentielle dans cette (auto) définition.

     

    La portée pédagogique de l’art : une histoire ou un manuel ?

     

    Fantasy au Petit-DéjeunerQuelle est la portée d’une telle démarche artistique ? Est-ce « seulement » une histoire, ou bien un exemple des manières de faire « autrement » ? C’est probablement un peu de tout ça à la fois.

    Le discours habituel fait souvent état du rôle cathartique de l’art. On oublie trop souvent son rôle pédagogique, et donc social. En s’exprimant dans des productions artistiques, les individus donnent à voir leurs interprétations du monde dans lequel ils évoluent, et par extension dans lequel évoluent leurs contemporains. Ils confrontent leur vision, et peuvent fédérer autour d’eux d’autres personnes semblables sur une ou plusieurs dimensions de leur identité.

    Les mythes sont un parfait exemple de créations ayant une fonction pédagogique. Et ceci était encore plus vrai à l’époque où le taux d’alphabétisation était quasiment nul. Les dieux grecs, ou les discours théologiques en général, servaient peut être à expliquer l’inexplicable : d’où vient on, d’où vient le monde, la question de la mort, etc. Ils servaient aussi à rendre compte de manière d’êtres en société.

    Parmi la Culture Mauvais Genre, le mythe du Vampire rempli encore aujourd'hui à peu près les mêmes rôles.

     

    Référence bibliographique

     

    Si certain-e-s ont envie de creuser la question de la déviance, de l’art et desFantasy au Petit-Déjeuner sciences sociales. Voici quelques références :

     

    Becker S. Howard (1963) Outsiders, Metailié, Paris

    Becker S. Howard (1988) Les mondes de l’art, Flammarion, Paris

    Goffman Erving (1973) La mise en scène de la vie quotidienne, la présentation de soi, Les éditions de minuit, Paris

     

     

    (A suivre) Partie 2 : Relecture sociologique du mythe du Vampire

     

    Les murmures

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  • Commentaires

    1
    Samedi 18 Décembre 2010 à 09:30

    la suite, la suite ! fort intéressant, tout cela...

    2
    Samedi 18 Décembre 2010 à 09:44

    C'est Les murmures qui va être content !

    La suite, si tout va bien, devrait arriver demain. S'il a fini d'écrire son article...

    Et je suis tout à fait d'accord avec toi : c'est très intéressant !

    A.C.

    3
    Les-murmures
    Samedi 18 Décembre 2010 à 13:35

    Merciiiii. Ca me fait chaud au coeur après avoir passé dix heures sur les routes enneigées.

    Je viens tout juste d'arriver à bon port : je me mets à la rédaction de la part 1 de l'analyse du mythe aujourd'hui ! demain, il devrait y avoir quelque chose.

    Génial ton boulot d'illustration A.C (parce que oui, mettre en valeur ce texte était pas un cadeau )!

    4
    Samedi 18 Décembre 2010 à 18:49

    Pour les illustrations, le plus dur a été pour la première partie. Parce que pour la seconde, j'avais juste à mettre les affiche. Enfins juste, fallait aussi les redimensionner. Vous avez remarqué qu'en cliquant sur certaines, on pouvait les agrandir ?

    A.C.

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