• L'homme invisible, de Herbert George Wells

     

    C'est en hiver que l'étranger s'est installé à l'auberge du village d'Iping. Ses bandages, qui lui enveloppent entièrement la tête, sauf le nez, d'un rouge vif, lui donnent un aspect étrange, assez terrifiant, et les langues vont bon train.

    On l'aurait peut-être laissé en paix s'il n'avait pas retardé le paiement de sa note et s'il n'y avait pas eu un vol mystérieux au presbytère. Mandat est donné de l'arrêter, mais comment se saisir d'un personnage qui disparaît à mesure qu'il se dépouille de ses vêtements? Quant à l'étranger, obligé d'être nu pour échapper aux poursuites, il souffre cruellement du froid et de la faim...

    S’attaquer à la lecture de L’homme invisible est étrange. On essaie de profiter de l’œuvre littéraire Ondes sonoresbien sûr. Mais on essaie aussi de se débarrasser de toutes les représentations et adaptations cinématographiques et autre. Heureusement, peu apparaissent fidèle au roman d’origine. Cependant, une part d’exotisme s’est envolée. Pour réussir à réellement profiter de ma lecture, j’ai dû trouver d’autres points d’accroche, que je n’avais pas anticipé.

    J’entends souvent comparer Wells et Verne par exemple. Mais à mes yeux, le second fait preuve d’une richesse plus grande et donc de lectures possibles très différentes. Bien sûr, nous ne sommes pas prêts de croiser un homme invisible… 

    Au-delà de cette gêne qui m’est absolument personnelle, on est vite pris et tenu en haleine par cette enquête policière. Car au fond, c’est bien de cela dont il s’agit. La course poursuite d’une part est rondement menée. Wells échappe même à la facilité à de nombreuses reprises, s’attardant sur la psychologie complexe de son personnage. Loin du héros ou du bandit, Griffin est un scientifique, un machiavélique, une graine de dictateur nihiliste et, en même temps, profondément humain. D’abord surpris, on se prend à mépriser ce personnage. Jusqu’à ce que le comportement des autres habitants du village lui donnent raison. Tout ce que fait Griffin est très loin de la bonne morale. En revanche, les réactions face à l’étranger le sont tout autant. 

    Le message profond de cette œuvre de Wells est peut être à creuser de ce côté. Et en ce sens, L’homme invisible devrait être lu par un bon nombre de nos contemporains. Wells soulève des questions épineuses, s’attardant sur l’acceptation de la différence, de la solidarité et de l’entraide. Bien sûr, on ne peut pas reprocher aux villageois qu’ils protestent quand ils se sentent bafoués. En revanche, si Griffin avait été comme eux, est-ce que leur réaction aurait été similaire ? Rien n’est moins sûr. Et enfin, en tant que lecteur privilégié, nous avons accès aux réflexions de Griffin. En tout cas, on en devine un bon nombre. Dans le fond, sa démarche est justifiable. 

    Malgré tout, je n’ai pas plus d’enthousiasme. J’aurais aimé plus de psychologie, et moins de répétition dans les scènes. Pas de coup de cœur, mais une très bonne lecture qui justifie son statut.

     

    note : 

     Les Murmures.

    « annonceLe Croissant Doré 2011 »

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  • Commentaires

    1
    scifictif
    Lundi 28 Février 2011 à 17:48

    Bernard Lherbier : "quand j'essaie de penser à quelque chose d'intelligent, c'est un peu comme si je m'efforçais de faire le portrait-robot de l'homme invisible".


    (hum, ne vous donnez pas la peine, je connais le chemin)

    2
    Lundi 28 Février 2011 à 19:22

    Non, non, reste, c'est tout à fait pertinent !

    A.C.

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    3
    utopie-nemo
    Mardi 1er Mars 2011 à 10:02

    C'est marrant... j'avais totalement oublié que j'avais lu ce livre (j'ai eu une période "boulimique" de lecture de laquelle malheureusement je n'ai retenu aucun titre de livre ni d'auteur... trop de lecture en masse)... cela doit remonter à... mais oui... la seconde...


    Ce sont les premières lignes et la couverture qui me l'ont fait sortir (un peu !) du brouillard... ce dont je me rappelle en revanche c'est d'avoir aimé ! Il faudrait peut être que je le relise tiens pour voir...

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