• Échec au soleil, de Maurice Limat

    Le système solaire de Zéo accueille deux planètes : Groona et Watsi. Autour d'elles gravitent de menues planètes, davantage extensions qu'autonomes. Peuplées d'humanoïdes, les deux planètes se ressemblent à s'y méprendre, tant et si bien qu'elles ont connu des périodes de paix et de prospérité. Or, comme toute planète d'humanoïdes, elles connaissent aussi la guerre et la convoitise. Alors qu'une paix cordiale semble instaurée entre deux périodes de guerres ouvertes, des manœuvres Grooniennes s'organisent. Les Grooniens refusent de tuer s'ils ne sont pas attaqués. Cependant, par l'opération Nuage, ils parviendront à affaiblir suffisamment Watsi dans le but d'annexer la planète ennemie. Peu à peu, les rayons de Zéo oublient cette dernière, l'affaiblissant bel et bien. Pour finalement comprendre l'origine de ce mal, le président de Watsi envoie Ram, jeune et fougueux pilote d'Aéronef. Sa mission est périlleuse. Et, nécessairement, Ram connaitra un long périple...

    Sur un peu moins de 200 pages, Maurice Limat met en scène Ram face à son Salle 101destin. Seul contre une planète entière, il ne parviendra pas longtemps à conserver son statut d'espion. La discrétion promptement rompue, Ram sera incarcéré, devra affronter des soldats entrainés, sera aux prises avec les expériences scientifiques Grooniennes dirigées par un personnage mystérieux. 

    Dans Echec au soleil, l'équilibre entre Space Opera et réflexions philosophico-politiques est assez bien trouvé. On a le droit à notre dose de voyages interplanétaires, d'intrigues spatiales. Maurice Limat fait la part belle aux inventions scientifiques avancées et aux expérimentations improbables et bien trouvées. Dans le même temps, l'auteur semble profiter de cet environnement pour réfléchir à des sujets polémiques ou qui devaient l'être encore davantage dans les années 1960. Le procédé n'est pas inconnu. Ainsi, Limat réfléchit sur le principe de l'incarcération contre celui de la peine capitale. Quand Watsi la pratique, Groonia la refuse mais privilégie l'exploitation de ses captifs, jusqu'à ce que mort s'en suive s'il  le faut, sans qu'ils ne la portent directement. On ne sait pas trop quelle est la réelle position de l'auteur sur la question. Elle prend suffisamment de place dans la narration et dans l'histoire (disons une petite moitié du livre) pour qu'on la prenne en compte. Le débat est posé et les arguments semblent recevables dans ce contexte de fiction. La seconde partie du livre s'interroge davantage sur l'incertitude qui entoure la destinée humaine. Plus précisément, que se passerait-il si nous étions effectivement conscient de notre avenir ? Quel effet cela aurait-il sur notre comportement face à l'adversité ?

    L'autre dimension qui frappe dans le roman, et qui doit être relié à ces deux thèmes, est le manichéisme choisi par l'auteur. Je sur-interprète peut-être. Mais dès les premières pages, le contexte de la Guerre Froide opposant jadis les Etats-Unis avec l'URSS m'est apparu. Nous avons là aussi une guerre froide, effectivement. Nous avons deux planètes qui dominent toutes les autres et qui orientent la destinée de l'ensemble du système solaire. Nous avons une planète qui est dirigée par un président et l'autre par un roi (donc non élu). Nous avons un pays qui exécute, et un pays qui n'est pas transparent sur le sort réservé à ses prisonniers et qui, par ailleurs, les asservie pour des projets des travaux forcés. Bien sûr, ce second pays est perçu comme perfide quand la planète démocratique ne se préoccupe que des intérêts des concitoyens et d'autrui en général. Toutes ces petites choses renforcent mon impression de métaphore. 

    Au final, si le discours (auquel on adhère ou non mais il est difficile d'en faire abstraction lorsqu'il nous apparaît) est plutôt bien enrobé, on peut aussi regretter ce manichéisme forcé. Bien sûr, on peut aussi y voir un cynisme réel et une critique des deux parties-systèmes. Ram ne dit-il pas que dans un autre contexte, il pourrait se lier d'amitié avec ses ennemis d'alors ? N'est-il pas surpris par la ressemblance tant physique que psychologique entre lui-même et les habitans de Groona ?

    Seulement, à s'enfermer dans ce système narratif, on finit par s'ennuyer par moments. Les thèmes abordés sont intéressants, mais à mon goût s'enchainent mal comme si l'auteur les reliait artificiellement.

    En revanche, le style est plutôt agréable et récréatif. Une lecture sympathique mais peut-être pas une priorité.

     

    Note :

     

    Les Murmures.

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 21 Avril 2011 à 19:16

    Géniale cette chronique sur une oeuvre patrimoniale !

    A.C.

    2
    Jeudi 21 Avril 2011 à 20:30

    Surprenant de voir une monarchie servir de métaphore pour l'Union Soviétique !

    3
    Les-murmures
    Vendredi 22 Avril 2011 à 01:04

    Tu l'as interprété autrement Anudar ? Enfin, je ne sais pas si tu l'as lu. Je comparais surtout le côté "dirigeant élu" (un président l'est, à priori) à un "chef" non élu (roi mais ça peut être une autre figure). C'est bien différent dans le détail, mais en forçant le trait, pas tant que ça. J'ai fait quelques recherches rapides sur ce livre, mais je n'ai rien trouvé.

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    4
    Vendredi 22 Avril 2011 à 08:34

    Non, je ne l'ai pas lu, donc je ne me prononce pas et j'aurais tendance à te faire confiance :) ...

    5
    Les-murmures
    Vendredi 22 Avril 2011 à 22:22

    En même temps, les bouquinistes ont ceci de formidable : découvrir ne coûte vraiment pas grand chose...j'ai aussi découvert une collection de Fleuve Noir estampillée "science fiction américaine" (j'ai pris un silverberg) et "science fiction soviétique" avec la magnifique étoile rouge sur la couverture (un certain Iourev, que je ne connais pas : le sommeil paradoxal). Là, pour le coup, la dichotomie est claire.

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